26/08/2006

 PLUS DE 1300 OFFICIERS BELGES

22 juin 1940 (2)

"C’est ainsi que dans ce camp d’Eichstätt en Bavière, nous nous trouvons à plus de treize cents officiers belges.

C’est un camp très agréable et, n’étaient les fils barbelés qui l’entourent, on le prendrait plutôt pour un lieu de plaisance. Il comprend quatre blocs principaux alignés le long d’un chemin bétonné et séparé par des pelouses arborées. En face, le bloc cuisine, cantine et chapelle séparé des latrines par une rangée de tilleuls. Tous ces bâtiments sont peints en crème, le bloc cuisine possède un clocheton dont l’horloge sonne les heures. En contrebas des bâtiments, une plaine de football et de sports divers, et des jardinets, le tout bordé d’une allée plantée de tilleuls.

De tous côtés, le camp est entouré d’une double rangée de fils barbelés de trois mètres de haut que gardent à la mitraillette au poing, des sentinelles perchées dans des guérites surhaussées au delà de cette enceinte.

Vers l’ouest, une rivière que traverse un ponceau, des prairies, des champs, une voie de chemin de fer, une route, des collines boisées. Vers l’Est, des collines presque dénudées où paissent des troupeaux de moutons. Vers le nord, on devine la ville qui domine, très loin un vieux château de pierre.

Cette ville, nous l’avons traversée, le soir de notre arrivée et elle m’a donné l’impression d’une vieille cité princière ou épiscopale qui dormait dans ses souvenirs de gloire et de splendeur. Beaucoup d’églises très voisines et immenses, de très hautes et très vieilles maisons, des rues étroites et calmes où l’on rencontre de temps à autre un passant en culotte courte et les jambes à demi-nues.

Nous mourions de faim, ce soir-là. Nous avions mangé chacun au cours d’un voyage de trente heures, 1/3 de pain et dix centimètres de saucisse. Alors, quelle ne fut pas notre joie en recevant à l’arrivée un pain entier, fait unique depuis notre captivité. Nouvelle bonne surprise en occupant les chambres, il y avait des lits et des paillasses.

Pour nous, c’était l’Eden. Depuis huit jours, nous n’avions plus dormi que sur de la paille ou sur le sol. Il y avait donc des lits ressemblant à des catafalques, superposés deux par deux et auprès de chacun, une armoire. Pas de draps, pas de couverture encore, mais pour nous, c’était le confort. Oh ! Comme on dormirait bien cette nuit-là".

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