01/09/2006

 C'EST DIMANCHE

30 juin 1940 (2)

Le reste du dimanche se traîne en longueur : on s’ennuie plus que les autres jours. D’abord, on ne peut s’empêcher de penser aux bonnes heures passées en famille autrefois, aux bons repas dominicaux, aux promenades et aux spectacles. Maintenant, plus rien. On bavarde sous les tilleuls, on dîne d’une choucroute et de deux pommes de terre en chemise et l’on soupe d’un bout de saucisse et de quelques tartines de pain sec. Voilà en tout cas le menu d’aujourd’hui. Entre Temps, que fait-on ? On se promène, on dort, on joue aux cartes et l’on s’ennuie. Oh, l’ennui, voilà notre ennemi. Si déjà, on avait des lectures. Mais non, il existe une bibliothèque composée de quarante livres. Nous sommes ici treize cents, aussi est-ce un vrai tour de force que de parvenir à décrocher un livre. Là, comme partout, les plus intrigants y réussissent.  Alors quoi de mieux que d’aller à la chasse aux « canards » et au besoin d’en inventer soi-même. Oh ! Ces fausses nouvelles qui malgré nous, nous font délirer d’espoir. Malgré nous dis-je parce qu’on feint de ne pas les croire, mais notre désir qu’elles soient vraies est tellement puissant que nous y croyons nous-mêmes. Et alors quand il s’avère qu’elles étaient bien fausses, c’est un effondrement de notre moral.  Mais on commence à s’habituer et l’on ne croit plus à aucune nouvelle de départ. On chasse même les opportuns qui osent en parler.

30 juin 1940 (1) "C’est dimanche aujourd’hui, un bien pauvre dimanche qui se signale surtout à l’attention du prisonnier par la messe en plein air. Dès 8 heures 30, les gradins du stade de football commencent à se garnir. Chacun se dépêche afin de disposer d’une place assise pour la messe qui commence à 9 heures. En même temps, au milieu du terrain, des aumôniers s’ingénuent à (..) un autel de fortune (…). Ils superposent des tables, y tendent des draperies blanches et crèmes, suspendent un crucifix à une barre verticale , apportent les chandeliers en bois de la chapelle, montent tant bien que mal un escalier à l’aide d’un banc et une estrade sur lesquels ils étendent un vieux tapis plein de poussière. Des officiers de la chorale apportent l’harmonium (…) et des bancs pour les officiers supérieurs. L’officiant arrive, revêt les ornements sacerdotaux, la chasuble, toujours la même à croix d’or sur fond vert. L’harmonium prélude. (…) 

Aujourd’hui la chorale s’est surpassée et a chanté la messe à quatre voix. Le soleil avait peine à percer les nuages et un vent léger soufflait, s’efforçant d’éteindre les chandelles. Un beau spectacle de voir ces centaines d’officiers entonnant le credo (…). Croyants, indifférents, incrédules, tout le monde assiste à cette grande messe sans laquelle ce ne serait pas dimanche, et chacun prie le ciel de lui accorder les mêmes grâces : retourner bientôt au pays et y retrouver sa famille saine et sauve.

Les autres jours, la messe se dit à la chapelle. (...) c’est la baptiser d’un terme bien pompeux. C’est une grande salle carrée dans laquelle on a improvisé quatre autels (…). L’un des autels est mieux aménagé que les autres. Il est décoré d’une Vierge à l’Enfant aux visages noirs et sans doute fut-elle peinte par l’un des officiers polonais qui nous précédaient ici. Mais les autres autels sont presque des simples tables. C’est au maître autel que se disent le plus souvent les messes demandées par les officiers à la mémoire des morts de leur régiment. Celles-là sont très suivies. Chacun se fait un devoir d’y assister".

Les commentaires sont fermés.