24/09/2006

FLAMAND OU WALLON ?

 

19 juillet 1940 (extrait journal)

"Rien encore. Les lettres arrivent de plus en plus nombreuses au camp et je ne reçois rien. La plupart arrivent de Bruxelles mais il en est quand même venue une de Charleroi. Quand donc saurai-je à quoi m’en tenir du sort des miens ? Question angoissante. Sont-ils vivants ou morts ? Ont-ils reçus mes lettres ou sont-ils encore plongés dans le doute à mon sujet ? Qui sait s’ils ne me croient point mort à ce moment ? Et notre départ n’est toujours pas fixé. Sera-ce pour ce mois ? On le prétend encore quoique avec moins de vigueur déjà. Il paraîtrait que les journaux belges ont publié que nous rentrerions pour le 31 juillet. Serait-ce Dieu possible ?

J’aspire tant à rentrer au pays afin de revoir les miens mais j’ignore tout de la vie qui m’attend. Je n’ai plus de situation : que ferais-je pour nourrir ma femme et mon enfant ? Je ne fais encore aucun projet et d’ailleurs comment en ferais-je. Je ne connais aucun métier en dehors du métier des armes".

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10 Juillet 1940 (extrait journal)

 "Je n’ai pas reçu de lettre à la date escomptée (...). De plus en plus, l’on parle de départ. Certains fixent la fin du mois comme date ultime, d’autres vont jusqu’à dire que nous partirons le 16 ou le 18. Qui a raison ? Ni l‘un ni l’autre peut-être. La vie ici devient morne, ennuyeuse. Cette vie en commun d’hommes mécontents de leur sort aigrit les caractères et l’on voit naître des disputes à propos de rien.

Moi, je m’ennuie, j’ai à peine le courage d’écrire, je n’ai rien à lire et pour m’occuper j’étudie, sans aucun goût, des rudiments d’allemand (...). Je pense de plus en plus à ma famille. Ne recevant pas de nouvelles, je me prends parfois à avoir des idées noires sans aucune raison pourtant (...)".

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Wallon ou Flamand ? (extrait journal)1er juillet 1940 "Grande joie parmi les officiers belges ce matin. Quatre lettres sont arrivées au camp (...). Les lettres disaient que de nombreux prisonniers belges étaient rentrés au pays. L’espoir vint donc de faire un nouveau bond dans nos cœurs et c’est tout joyeux que nous avons écrit notre lettre bimensuelle. Pour ma part, j’escompte une lettre pour dimanche prochain et notre libération pour le 22 juillet. Cela se vérifiera-t-il ? Plaise au ciel !

Depuis samedi est arrivée au camp une commission linguistique chargée de déterminer exactement si l’on est Wallon ou Flamand. Elle se compose d’un civil belge (un Flamand) professeur à Berlin et d’un Allemand. Tous, nous devons passer devant eux pour être interrogés. De cette opération sortira notre affectation linguistique. Il paraîtrait que la Belgique formerait bientôt un royaume fédératif comprenant une partie flamande : Hollande et Flandres belge et française  (capitale Lille). La deuxième partie (...) comprendrait la Wallonie, le Grand Duché et le nord de la France (capitale ?). La capitale de l’ensemble serait Bruxelles. Voilà les derniers racontars.

06/09/2006

MON ADRESSE EST...

01/09/2006

 C'EST DIMANCHE

30 juin 1940 (2)

Le reste du dimanche se traîne en longueur : on s’ennuie plus que les autres jours. D’abord, on ne peut s’empêcher de penser aux bonnes heures passées en famille autrefois, aux bons repas dominicaux, aux promenades et aux spectacles. Maintenant, plus rien. On bavarde sous les tilleuls, on dîne d’une choucroute et de deux pommes de terre en chemise et l’on soupe d’un bout de saucisse et de quelques tartines de pain sec. Voilà en tout cas le menu d’aujourd’hui. Entre Temps, que fait-on ? On se promène, on dort, on joue aux cartes et l’on s’ennuie. Oh, l’ennui, voilà notre ennemi. Si déjà, on avait des lectures. Mais non, il existe une bibliothèque composée de quarante livres. Nous sommes ici treize cents, aussi est-ce un vrai tour de force que de parvenir à décrocher un livre. Là, comme partout, les plus intrigants y réussissent.  Alors quoi de mieux que d’aller à la chasse aux « canards » et au besoin d’en inventer soi-même. Oh ! Ces fausses nouvelles qui malgré nous, nous font délirer d’espoir. Malgré nous dis-je parce qu’on feint de ne pas les croire, mais notre désir qu’elles soient vraies est tellement puissant que nous y croyons nous-mêmes. Et alors quand il s’avère qu’elles étaient bien fausses, c’est un effondrement de notre moral.  Mais on commence à s’habituer et l’on ne croit plus à aucune nouvelle de départ. On chasse même les opportuns qui osent en parler.

30 juin 1940 (1) "C’est dimanche aujourd’hui, un bien pauvre dimanche qui se signale surtout à l’attention du prisonnier par la messe en plein air. Dès 8 heures 30, les gradins du stade de football commencent à se garnir. Chacun se dépêche afin de disposer d’une place assise pour la messe qui commence à 9 heures. En même temps, au milieu du terrain, des aumôniers s’ingénuent à (..) un autel de fortune (…). Ils superposent des tables, y tendent des draperies blanches et crèmes, suspendent un crucifix à une barre verticale , apportent les chandeliers en bois de la chapelle, montent tant bien que mal un escalier à l’aide d’un banc et une estrade sur lesquels ils étendent un vieux tapis plein de poussière. Des officiers de la chorale apportent l’harmonium (…) et des bancs pour les officiers supérieurs. L’officiant arrive, revêt les ornements sacerdotaux, la chasuble, toujours la même à croix d’or sur fond vert. L’harmonium prélude. (…) 

Aujourd’hui la chorale s’est surpassée et a chanté la messe à quatre voix. Le soleil avait peine à percer les nuages et un vent léger soufflait, s’efforçant d’éteindre les chandelles. Un beau spectacle de voir ces centaines d’officiers entonnant le credo (…). Croyants, indifférents, incrédules, tout le monde assiste à cette grande messe sans laquelle ce ne serait pas dimanche, et chacun prie le ciel de lui accorder les mêmes grâces : retourner bientôt au pays et y retrouver sa famille saine et sauve.

Les autres jours, la messe se dit à la chapelle. (...) c’est la baptiser d’un terme bien pompeux. C’est une grande salle carrée dans laquelle on a improvisé quatre autels (…). L’un des autels est mieux aménagé que les autres. Il est décoré d’une Vierge à l’Enfant aux visages noirs et sans doute fut-elle peinte par l’un des officiers polonais qui nous précédaient ici. Mais les autres autels sont presque des simples tables. C’est au maître autel que se disent le plus souvent les messes demandées par les officiers à la mémoire des morts de leur régiment. Celles-là sont très suivies. Chacun se fait un devoir d’y assister".